L’endroit était lugubre. Plein d’objets inutiles en remplissaient tous les recoins. Ses pieds nus frôlaient le sol froid en ciment. Mais beaucoup plus fort que son envie de fuir cet endroit, elle savait qu’un trésor l’attendait. Elle marcha avec conviction vers les objets de son désir. Pour plusieurs ce n’était pas un trésor mais pour elle cela n’avait pas de prix.

Tout avait débuté avec sa mère. Non, elle ne l’attachait pas dans la cave.

  • Est-ce que tu sens la tension te gagner?
  • Est-ce que tu veux savoir ce qui l’intéressait tant dans cet endroit inhospitalier?
  • Est-ce que tu penses que c’est si important, que ça vaut la peine que je te le dise?

Non, non, imagine toi pas un film d’horreur. La cave n’était pas particulièrement accueillante sauf pour moi. Maintenant que la tension est à son comble, je peux bien te révéler les objets tant convoités. Tout simplement… des ÉNORMES catalogues.

Tu vas me dire… juste ça. Eh bien oui, mais pour moi cela a eu une importance capitale dans ma vie.

Dans ce catalogue.

Il y avait.

Des petits bouts.

De tissus.

Combien d’heures passées à caresser ces petits bouts de tissus… Pas plus de 1 pouce x 1 pouce ½. Des tissus de grands couturiers. Des importations d’Europe. Et on était dans les années 70.

Tout a débuté avec la passion que ma mère avait pour le beau, pour la mode et pour la couture. Une folie pour la mode et les très beaux tissus. Mais ma mère avait des goûts sûrs en matières de textile.

Cela a été déterminant pour mon goût des vêtements de qualité, les beaux tissus et pour le textile de qualité en général.

 Et devine quoi… j’ai même porté une de ses robes. Oui, oui… une robe bustier rose avec un petit veston. Une petite robe très  »girly ». Trop cute. Qui avait résisté au temps, c’était rétro et trop hot. C’était mes jeunes années d’adolescence.

Je les ais flatté longtemps ces échantillons et cela a marqué le bout de mes doigts. Tout les textiles que je vois,il faut que je les touche (ici, je ne te sauterais pas dessus pour toucher tes vêtements, je ne suis pas maniaque à ce point) mais j’ai besoin de sentir les textures, la qualité. Aller voir une exposition de textile sans pouvoir toucher est une vrai torture.

J’ai vécu mon adolescence dans une maison de textile. Où il y avait différentes textures. Celle de ma mère, de mes deux sœurs Chantal et Anne ainsi que la mienne. Nous étions toutes immergées dans les différentes techniques de textile. Couture, tissage, macramé, tapis en point noué, broderie, tricot et j’en passe.

En parlant de macramé, on en a fait des jardinières. IMAGINE, un autre époque. On les vendait 5$ chacune, ouf. Des fils de couleurs brune, beige, vert, orange et j’en passe mais c’était dans une autre vie (pas vraiment mes couleurs).

Tu te demandes sûrement, d’où me vient mon goût du tissage. Étonnamment, ce n’est pas ma mère qui m’a montré à tisser même si elle en faisait et que ça m’intéressait. Devine où j’ai appris… À l’école secondaire, eh oui on pouvait choisir l’option tissage. Ce fut ma première expérience et j’ai fait des napperons vert et jaune.

Ensuite la vie m’a amené ailleurs et j’ai poursuivis des études en sciences humaines. C’est là qu’on va quand on ne sait pas où l’on va… Pour presque tout le monde, enfin on apprend quand même quelque chose.

Ne pas savoir où j’allais à presque durer toute ma vie. Sauf qu’aujourd’hui, j’ai vraiment trouver ma voie et ma voix. Je suis passé par bien des détours. Un qui a duré plus de 30 ans, celui de la comptabilité. C’était une partie de moi mais pas entièrement.

Bon, je vais revenir en arrière.

Les débuts de la comptabilité viennent quand même d’un cours de commercialisation de la mode, c’est là que j’ai appris et que j’ai aimé ça mais… Dans le fond, ce n’était pas vraiment ce que je voulais faire, moi c’était du design de mode qui m’intéressait. 

Mais je me suis laissée influencer par mon entourage. Les arts c’est pas payant, c’est plus sure en administration. Combien c’est pas vrai quand t’es pas à ta place. J’ai tiré le diable par la queue toute ma vie. Donc, crois en ton instinct, celui-ci ne trompe pas.

J’ai délaissé le textile plusieurs années, jusqu’à un retour aux études en métiers d’art. La quarantaine, c’est souvent une décennie charnière dans une vie. Quarante deux ans, je consulte une conseillère en orientation. Je fais des tests. Et bien, le résultat est ambivalent, 50% administration et 50% artiste.

Donc, j’étais à moitié dans la bonne sphère de mon talent. Je décide donc de retourner aux études en textile à la Maison de métiers d’art de Québec. Ce fut beau voyage, trois ans à explorer, expérimenter et découvrir en ayant l’impression que je suis à ma place. Trois ans à côtoyer pleins d’autres artistes en devenir ou déjà établi.

Que je te ferai découvrir au fur et à mesure dans mes entrevues.

En fait, j’avais une idée dans la tête et vraiment pas dans les pieds quand j’ai pris ce cours :

Je voulais tisser ce qui ne se tissait pas. J’ai très bien réussi ce que je voulais. Un cours m’y a aidé, le tissage de matériaux inusités. J’y ai tissé du plastique, de la chaîne (comme celle qui tiens le p’tit bouchon du bain). Et aussi du métal : du laiton, du cuivre et de l’acier inoxydable.

Ce fut le coup de foudre pour l’acier inoxydable.

J’ai développé ensuite des collections de bijoux tissés et ma propre méthode de montage de mon métier. Et j’utilise un métier traditionnel, comme pour tisser des linges à vaisselle ou des foulards. Et sans aucune modification du métier.

J’ai ensuite fait carrière pendant plus de 10 ans comme artiste professionnel en développant mes collections de bijoux et j’ai aussi fait de la sculpture.

J’ai dernièrement calculé combien j’avais vendu de bijoux pendant toutes ces années.

Accroche ta tuque… 175 000$, un beau chiffre n’est-ce pas?

Je capotais. Je trouvais que c’était donc beaucoup. OUPS, j’avais oublié de le divisé (pour quelqu’un qui travaille en comptabilité c’est pas fort).

175 000$/12 = 14 600$/année

Et, j’ai pas enlevé les dépenses.

Finalement, c’est un beau chiffre quand on le voit tout seul. Mais dans le fond, c’est une catastrophe. (J’avais beaucoup laissé tombé mon côté comptabilité durant ces années).

Je me suis endetté pour vivre. Par contre, je ne regrette rien. Ça m’a appris beaucoup de chose, dont… plus d’endettement. Je suis donc retournée travailler en comptabilité. J’ai remboursé une dette de 30 000$ en un an et demi.

Belle leçon d’humilité mais la vigilance est de mise. Aujourd’hui, à 58 ans (il n’est jamais trop tard), je repars sur des bases beaucoup plus solides. Je travaille pour un employeur pour avoir un revenu décent.

Je travaille pour moi en me levant très tôt le matin (environ 5 heures).

Je vois la vie différemment. Un petit pas à la fois, même si c’est parfois difficile. (Je suis un p’tit peu excessive)

Aujourd’hui, je me bâti une nouvelle entreprise sur le net. C’est le mélange de tous les apprentissages d’une vie. J’ai surtout l’impression qu’il y en a une qui finit et une toute nouvelle qui commence.

 

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